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Less is More

Un entretien, dans leur bureau. Ils sont architectes, et je veux bien leur faire croire qu’ils ont besoin de moi. Je me vends et montre, franchement, tout ce qu’ils gagneraient à m’avoir dans leur agence.
Puis vient leur tour.

Ils font tous deux du logement. Ils sont honnêtes, et m’avancent les tâches qui m’attendraient.
De grosses opérations sont tombées ces mois-ci, et le travail coule à flot, surtout derrière les ordinateurs.
Mais c’est là que l’histoire ne se réplique pas à l’identique deux fois de suite.

Au premier de me prévenir que le logement me sera ennuyeux au début. Au centimètre près, la manoeuvre de mon esprit n’aura aucune marge.
Il s’agit bien là de copier, refaire, recalquer encore et toujours les mêmes plans.
Seulement au bout d’un an, je connaîtrai les ficelles et les noeuds du règlement, des formats, du rendement. Je maîtriserai la bonne formule que l’on déroule, je me mettrai dans le pli. Ce que je faisais en une semaine le premier mois, en deux jours le sixième, je ne le ferai plus qu’en une demi-journée. Là alors pourra commencer la création.
1400 logements annoncés cette année, et les trois ans à venir sont tous bouclés. Autant dire que les perspectives au sein de l’agence sont considérables !
Mais est-ce là ce que je veux pour mon avenir ?

Au second de me dépeindre une vision toute autre de votre appartement. Car même si le sac de normes est le même (Vous vous y connaissez en règlementation handicapé et incendie ? ), le plan change à chaque projet.
La parcelle est différente, le contexte change, l’ouverture d’esprit du maître d’ouvrage varie aussi.

Sûr que l’on va perdre du temps et de l’argent, à penser votre chambre. Le salarié modèle de mon premier bonhomme est un jeune à grande ambition, qui vient finir ses projets le samedi, et acquiert une Audi TT au bout de quelques mois. Puisqu’à la fin, seul notre propre bonheur compte, et que c’est l’argent qui nous l’apporte, alors oui, less de penser, c’est more de bonheur.

Sûr que l’architecte n’est pas le génie qui réinvente la roue. Mais quand même, la vue n’est pas la même à chaque étage, et le salon ne peut pas être le même non plus. La parcelle étriquée de la ville dense n’est pas la même que le champ libre de la banlieue. L’histoire du quartier et l’image qu’il porte sur ses façades ne sont pas les mêmes dans chaque rue. Et le nouveau bâtiment venu, peut-être less rentable pour son promoteur, est vite more vivable pour ses habitants.

L’humanité est une espèce dont la grande force est l’adaptation à son environnement. Il en est de même pour l’architecte. Sa souplesse d’esprit et sa réactivité s’étendront jusqu’à la flexion de son projet, sous les désirs de chaque contexte.

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