Architecte

Architecture du béton, une esthétique de la durée

Mardi 4 mars, c’est dans le cadre du concours Trophée béton qu’intervenait Bernard Desmoulin à la Maison de l’architecture sur le thème de l’architecture du béton, une esthétique de la durée. Voilà ses mots et ses dires :

L’architecte commence par nous présenter quelques projets qui lui paraissent pertinents dans cette thématique.

 

Musée gallo-romain, Lyon, par Zehrfuss, 1975

Comme le projet n’a pas de façade, le contexte est magnifié. On n’a pas vraiment de lecture d’ensemble, impossible, mais c’est le parcours à travers le musée qui est important, avec des points forts comme la structure, mise en exergue, ou encore l’escalier monumental.

 

Villa Arson, Nice, par Marot, 1972
Pour présenter l’école d’art, l’intervenant cite le Corbusier : “le tumulte de l’ensemble se fait par l’unité du détail”. Ici, l’unité se fait par les galets, qui sont partout, et accrochent la lumière à leur manière. Cette architecture brutaliste et méditerranéenne, là aussi, ne présente aucune vue d’ensemble, mais plutôt un parcours. Au lieu de s’élever, le bâtiment cherche l’horizon. 
Noyé dans la végétation, le bâtiment illustre avant tout la poésie du durable.
Est-ce que cette architecture serait possible aujourd’hui ? Sûrement pas, si ce n’est a cause de la réglementation…
Il n’y a là pas de décor, que la nécessité.

 

Cimetière, Roquebrune, par Barani
Ici, l’abstraction est un chemin vers la spiritualité. On apprécie le jeu de verticales et d’obliques.
Au final, la mer, le ciel et les arbres font tout le travail.
La matière béton, à la fois pure et pleine de défauts et imperfections est une métaphore de l’âme humaine.

 

Musée de la préhistorique, Nemours, par Simoné
Le plan du musée se présente comme un véritable carré, qui a été travaillé, creusé, sculpté de l’intérieur. Le bâtiment joue avec la végétation, les rochers, cherche la lumière. Le béton devient rocher.
Les patios mélangent intérieur et extérieur de ces lieux gagnés par la végétation. L’écoulement des eaux est issu d’une recherche savante.
Les préoccupations du concepteur ont été différentes de leur temps, elles sont celles d’un architecte. Elles ne sont pas dictées par la mode ou passante mais au contraire axées sur la pérennité, sur la façon de vieillir que va avoir le bâtiment.

 

Siège de la banque de Grenade, Grenade
Ce cube triomphant planté sur les hauteurs de Grenade est comme un retour aux fondamentaux. Le bâtiment est proche de l’espace religieux.
Une enceinte protège du chaos urbain le bâtiment, qui est un véritable cube, à l’image d’un coffre-fort.
Au coeur de ce bloc opaque, un grand espace vide est créé par la structure massive de 4 poteaux gigantesques (3.3 m diamètre et 36m de haut) supportant une toiture-terrasse monumentale de 6m d’épaisseur.
Le béton de la structure apporte la sécurité, en contraste avec la douceur de l’albâtre de la façade.

 

Centre culturel et Centre des archives, Tolède, par Mandora Corsini

Cette église désacralisée est protégée par un grand mur implanté à l’ancien emplacement du couvent. Comme quoi, tout lieu est en attente d’un avenir.

Ce mur, qui vient protéger thermiquement les archives, a été proposé en béton et non en pierre, ce qui a été la plus grosse bataille de ce projet. Le béton est lasuré, coloré dans la masse. L’appareillage du coffrage est admirable.
Le bâtiment, partiellement enterré, est directement accolé a l’église, ce qui crée à l’intérieur des contrastes de textures intéressants.

La règlementation espagnole est certainement plus souple que la française, notamment sur l’ouverture de l’espace, ce qui permet aux architectes espagnols de créer de véritables tableaux de lumière, de matière, jalousées ici.

 

Musée archéologique, Sarrebourg, par Desmoulin

Pour présenter son propre projet, l’intervenant nous raconte l’histoire du projet. La mairie, courageuse, a supporté une architecture en béton alors que ce n’était pas prévu, et qu’une telle comtemporanéité n’est pas évidente en province, surtout en période électorale.
L’architecte a travaillé sur le sol, cherchant à créer un univers par une image simple, basée sur la matière.
Il a été très étonné de rencontrer un ABF qui l’a soutenu dans ce changement de matériau, qui est partie d’un savoir-faire local. En effet, le projet a été entièrement revu car l’entreprise ayant remporté le Marché a proposé d’utiliser le béton, matière qu’elle maîtrisait parfaitement.
La toiture est en cuivre oxydé.
L’orientation des banches béton varie selon l’orientation, pour accrocher la lumière différemment.
Les ouvertures, non nécessaires pour le programme, ne sont que des percées vers l’extérieur, pour que le visiteur soit rappelé vers l’endroit où il se trouve, pour qu’il se repère dans Sarrebourg.
L’escalier est le pivot de l’œuvre. La scénographie met en scène les éléments architectoniques du musée.
L’architecte a pu traverser toutes les échelles puisqu’il a même obtenu par la suite une mission d’urbanisme  dans la ville !
Le béton est rugueux, comme les oeuvres exposées. Le plâtre intérieur prévu a même été supprimé devant la beauté du béton. Il connaît certes malfaçons et imperfections, qui n’enlèvent rien à sa beauté. Au contraire, son imperfection le rend vivant, aléatoire, comme un épiderme. Aussi, elle met en valeur l’artisan. Ce rendu est impossible avec du béton préfabriqué.
Cette réalisation n’a été possible que par une souplesse réciproque établie avec l’entreprise. Il ne faut pas chercher la perfection mais la cohérence. Au contraire d’une architecture anorexique, lisse, et froide, ne cherchons pas à cacher la malfaçon.

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