Évènementiel

Architecture et scénographie

La scénographie […] désigne aujourd’hui l’art de l’organisation de l’espace scénique, grâce à la coordination des moyens techniques et artistiques.

Tous les termes de cette définition de Wikipedia rappellent que la scénographie est une branche de l’architecture. Elle peut être considérée comme design d’espace, comme architecture intérieure, comme structure temporaire ; elle prend autant de formes qu’elle a de programmes. Cet article vous propose d’explorer la scénographie de l’espace scénique puis la scénographie du musée.

Scénographie de l’espace scénique.

À travers l’organisation des conférences TEDxParis, j’ai eu l’occasion de travailler sur divers projets de scénographie qui tendent à offrir le cadre idéal à l’intervenant, à son message, et à sa captation vidéo.

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TEDxParis 2012 à l’Olympia, sur le thème de “2030, lignes de mire”, annonce de la dernière session

Faisant partie de l’équipe d’organisation, je suis de près l’élaboration du programme de la journée. La scène se conçoit alors pour coller au maximum au thème développé. Les contraintes s’imposent ensuite en fonction de la salle, tant aux niveaux spatial que technique, et du budget alloué à l’espace scénique. La scène, par l’environnement qu’elle offre à l’intervenant, participe à la mise en valeur de l’idée qu’il partage. Surtout, le “fond” sera visible sur les vidéos largement diffusées sur internet.

La scène est donc le support des idées partagées et s’intègre à l’univers graphique de l’évènement, qui est pensé comme un tout cohérent qui supporte le thème. Car comme on le sait, le fond ne peut se passer de la forme.

TEDxConcorde, le 28 janvier 2012 à l’espace Pierre Cardin, sur le thème de la diversité

Telle architecture se révèle d’abord en 2D : vue de face, c’est l’élévation qui va être sa première approche. Mais par le travail sur les divers points de vue, les ombres et le mouvement vont ensuite offrir une animation subtile où le volume se révèle, où la perspective est vivante.

Pour l’architecte, la scénographie est source de plaisir. De par son potentiel artistique d’une part, avec la place belle laissée à l’esthétique, mais aussi par l’expression matérielle d’une idée forte d’autre part, où se développe un concept et sa symbolisation.

Mais c’est l’architecture d’un jour, qui ne vit les suivants que par les photos et vidéos de l’évènement. C’est une architecture que l’on ne vit dans la réalité qu’une seule fois. Au-delà de la frustration que cela induit, se pose la question de l’énergie consommée pour une création qui est un “one shot”.

Scénographie du musée.

Quand il s’agit d’un musée, la donne est toute autre. L’historien Jean-François Chevrier est venu en parler lors de la conférence intitulée L’Art des musées à la Cité de Chaillot.

Il commence par rappeler que le but premier de la scénographie du musée est la présentation des oeuvres. Si elles sont inexistantes, il faut “faire comme si”. L’oeuvre devrait être prioritaire sur l’architecture du musée mais on connaît de nos jours un “effet Guggenheim”. Le Castel vecchio de Vérone, conçu de 1958 à 1964 par l’architecte Carlos Scarpa, est un bon exemple de scénographie réussie, dont les grandes qualités sont les suivantes :
1/ Salles très différentes articulées dans un parcours
2/ Monument renové où la stratification historique est mise en valeur
3/ Environnement architectural de qualité

“Tout le plaisir tient a cette diversité intégrée”, ou les détails participent au parti global.
L’oeuvre est supportée, en plus d’être “considérée comme un objet, c’est-à-dire traitée dans l’espace. Par exemple, on peut tourner autour.” Cette démarche ne peut se faire sans une collaboration étroite avec le directeur du musée.
Aussi, sont travaillés d’autres éléments de perception : vues et passages, notamment par les relations avec l’extérieur ou le rapport à la ville. Le jardin lui-même, reçoit le “même traitement que les oeuvres du musée.”

La muséographie évolue au cours du temps selon la façon de regarder/considérer l’oeuvre d’art.

Les photos que prend Brancusi dans son atelier, ce “collage, assemblage dans l’environnement”, comme si l’ambiance importait plus que l’objet, participent à une vision de l’oeuvre qui est “architectonique de l’assemblage”.

L’oeuvre peut aussi être vue comme “issue d’une activité constructive […] l’homme doit être actif, tel doit être le but de l’espace.” Il s’agit alors de “distribuer dans l’espace – c’est la sculpture moderne – en prenant en compte le volume ambiant.” La diversification de l’espace doit donc être claire, avec des qualités spatiales diverses et des lieux bien identifiés.

Sur la définition d’un lieu, Michel de Certeau cite dans l’Invention du quotidien (1980) : “Est un lieu l’ordre (quel qu’il soit) selon lequel des éléments sont distribués dans des rapports de coexistence. S’y trouve donc exclue la possibilité, pour deux choses, d’être à la même place. La loi du “propre” y règne ; les élément considérés sont les uns à côté des autres, chacun situé en un endroit “propre” et distinct qu’il définit. Un lieu est donc une configuration instantanée de positions. Il implique une indication de stabilité. Il y a espace dès qu’on prend en considération des vecteurs de direction, des quantités de vitesse et la variable du temps. L’espace est un croisement de mobiles. Il est en quelque sorte animé par l’ensemble des mouvements qui s’y déploient […] En somme, l’espace est un lieu pratiqué. Ainsi la rue géométriquement définie par un urbanisme est transformée en espace par des marcheurs.”

Les pires défauts de la muséographie contemporaine, selon le conférencier, résident souvent dans :
1/ le mépris de l’oeuvre, signifiée par de mauvais éclairages
2/ l’hyper design qui étouffe l’oeuvre
3/ la diffusion globale d’un art qui n’existe que par les medias

“La muséographie peut aider à penser l’architecture urbaine car elle joue de relations d’espaces et d’écologie mentale.”

Est ensuite cité comme exemple le Musée du Paysan Roumain réalisé à Bucarest par Bornéa, dont la collaboratrice dira : “Je pense que ce qui compte le plus c’est le nombre de connexions qui se passent quand on voit une image”. Le rythme est essentiel pour toute activité humaine, donc pour la muséologie aussi.

Rénovation du Neues Museum à Berlin par David Chipperfield, où on est “forcé de regarder les oeuvres”, tant la scénographie est de qualité.

Pour conclure, le conférencier voit le challenge du musée du 21e siècle dans la relation à définir entre l’art et la culture, entre l’oeuvre et le document. Aussi, la problématique historique ne peut être évitée, l’architecte scénographe doit repenser l’art moderne.

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